La Terre qui meurt

Présentation de « La Terre qui meurt » à Sallertaine, le 21 septembre 2012

par M. Serge Rondeau, Conseiller général, Maire de Challans

Vous connaissez l’attachement profond que nous portons à René Bazin, à votre association et à « La Terre qui meurt » ; attachement illustré par la préface, rédigée par Bruno Retailleau, Président du Conseil général, pour ce chef d’œuvre de la littérature.

 

  1. Un véritable chef d’œuvre

 

Car La Terre qui meurt est incontestablement un chef d’œuvre. Un chef d’œuvre trop méconnu, d’un auteur lui-même trop méconnu dans notre pays.

 

Flaubert disait que « le chef d’œuvre est dans la concordance du sujet et du tempérament de l’auteur ». Et bien de ce point de vue, La Terre qui meurt est un chef d’œuvre parfait,car tout ce qu’était René Bazin peuple ce roman:

 

  • Les souvenirs d’enfance marqués par les guerres de Vendée : il était l’arrière petit fils de Nicolas BAZIN qui commandait les éclaireurs de Stofflet, une des grandes figures de la Vendée Militaire.

 

  • L’homme enraciné, voyant avec inquiétude se dérouler un drame, celui de l’exode rural et du dépeuplement des campagnes dans ce XIXème siècle où l’essor des villes accompagne l’essor de la civilisation industrielle. C’est ce drame social qui se transforme en drame familial qui est au cœur du roman : Toussaint Lumineau, fermier de Sallertaine voit deux de ses fils quitter la ferme, l’un pour devenir employé des chemins de fer à la Roche sur Yon (il part d’ailleurs avec sa sœur Eléonore) l’autre pour aller en Amérique obtenir une terre dont il sera le propriétaire.

 

  • Le peintre des hommes et des femmes de la terre. Il y a un style René Bazin qui conjugue justesse et finesse dans les descriptions des paysages et de ceux qui les peuplent. Un style qui fera d’ailleurs dire à Ferdinand Brunetière accueillant René Bazin à l’Académie Française, « Qu’ils sont vrais vos paysans ! » Quand on est maraîchin comme je le suis, on ne peut pas rester insensible aux magnifiques descriptions du marais et de ses paysages à la fois liquides et solides, de ses habitants pleins de pudeur dans la détresse mais aussi de courage ; pas un courage flamboyant mais le courage de chaque instant de celui qui travaille la terre.

 

  • Enfin, dans La Terre qui meurt, on retrouve aussi la foi chrétienne de l’écrivain et notamment dans la tendresse qu’il porte à ses personnages. Il n’y a pas chez René Bazin de condescendance ni même de dureté à l’égard de ceux qui travaillent la terre. Le regard qu’il porte sur ses personnages, même ceux qui peuvent parfois susciter un peu d’antipathie (comme Mathurin par ex), est un regard de bonté et de compassion. Le christianisme de R. BAZIN se lit également dans l’espérance qui conclue le roman : Rousille et Jean NESMY se marient et reprennent la ferme familiale. Il y a dans cette fin le sentiment très chrétien que l’espérance n’est jamais morte, que d’un mal peut sortir un bien, que les drames recèlent toujours en leur sein une promesse d’avenir.

 

 

Cette promesse d’avenir s’est en quelque sorte réalisée : bien sûr, le Marais ne compte plus autant de paysans et notre pays challandais s’est urbanisé mais je crois que nous avons su garder cette ruralité et cet attachement à la terre évoquée par René Bazin. « La Terre qui meurt » est aujourd’hui une terre qui vit, qui se développe en conjuguant identité et modernité.

 

Je crois que René Bazin serait heureux de constater que le Marais a su conjuguer tradition et progrès, la première étant le « pied mère » et le second le « greffon » comme l’écrivait un autre grand écrivain amoureux du Marais, Jean YOLE.

 

Car René BAZIN, contrairement à ce que certains ont pu croire, est un écrivain pour demain.

 

  1. Un écrivain pour demain

 

L’œuvre de René BAZIN n’est pas dépassée. Bien au contraire, elle est d’une profonde actualité. Que nous dit –il en substance à travers tous ces romans ?

 

  • Que nous sommes les héritiers d’une civilisation, la civilisation rurale, et qu’il est de notre responsabilité de préserver et de transmettre cet héritage afin qu’il ne tombe pas dans l’ignorance. Je crois qu’aujourd’hui, cette exigence est toujours d’actualité tant il est vrai que pour beaucoup de nos décideurs, la France se limite à Paris et aux grandes métropoles…

 

  • Que l’enracinement et le sentiment d’appartenance sont des facteurs de cohésion sociale mais aussi de développement. L’identité n’est pas un fardeau, c’est un atout pour demain : nous l’avons vu en Vendée avec le « miracle économique vendéen » porté par des entreprises familiales enracinées et nous le voyons encore aujourd’hui dans la mondialisation où les territoires qui tirent leur épingle du jeu sont ceux qui s’appuient sur leurs singularités.

 

  • Que le progrès n’est pas forcément synonyme de « mieux » mais qu’il peut au contraire entraîner une civilisation vers la division et même la barbarie : c’est l’enseignement des drames du XX ème siècle.

 

 

Les intuitions de René BAZIN, qui s’expriment avec force dans La Terre qui meurt, sont d’une grande actualité et c’est à nous, Vendéens et en particulier Maraichins, de mieux les faire connaître avec tous ceux qui sont attachés à son œuvre.

 

Alors un grand merci à tous, au nom du Conseil général, pour tout ce que vous faites en faveur d’une plus grande reconnaissance de cet écrivain qui appartient au patrimoine culturel vendéen. 

M. Serge Rondeau, Conseiller général, Maire de Challans

 

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