Les trois peines d’un rossignol

(ouvrage réédité en 2016 chez Via Romana)

Cet ouvrage est le dernier recueil de nouvelles, publié par l’auteur, en 1927. Il s’agit d’un choix de vingt-trois histoires variées : récits courts, de faits ou d’aventures, plutôt réalistes, pris sur le vif ou humoristique, sans visée moraliste particulière. Ces nouvelles, pour la plupart, ont été écrites tout au long de la carrière de l’académicien. Il s’agit, à l’évidence, de la sélection de ses meilleures nouvelles, parmi beaucoup plus d’une centaine qu’il a publiée. Elles se caractérisent par la grande variété des intrigues, des personnages et des lieux (un tiers en Anjou et grand Ouest, un autre à Paris et dans d’autres régions de France et le dernier tiers à l’étranger, Italie, Allemagne, Algérie et Canada). Comment caractériser brièvement ces récits et en dégager les points les plus intéressants ?

D’abord, ces nouvelles sont des tableaux réalistes de la vie populaire. La préférence de l’écrivain va clairement vers la description de « Monsieur tout le monde », avec son bon sens, sa simplicité et aussi sa joie de vivre !  Observateur empathique, il analyse les relations humaines avec beaucoup de finesse. Il emploie alors un ton vif et tendre à la fois, avec des réparties pleines de vivacité et un humour toujours bienveillant…Il s’intéresse vivement aux bouleversements sociaux de son temps. R. Bazin décrit ici la beauté profonde de ces vies modestes ; ces descriptions illustrent, avec délicatesse, la noblesse de ces vies simples, de ces vies populaires, mettant en lumière une souffrance, ou une joie, intimes.

Ces nouvelles décrivent avec enthousiasme le patrimoine naturel et culturel de notre pays. L’examen attentif des lieux, des thèmes et questions de société abordés, le prouve. Le thème central du patrimoine concerne le respect de la nature et de la terre. L’amour de la terre peut faire sourire de prime abord, pourtant il s’agit de nos racines profondes dont les accents résonnent en nous. Même si certaines données sociales ont beaucoup évolué depuis, les thèmes du respect de la nature et de l’importance de l’écologie qui tiraillent le cœur et l’esprit – enracinement et déracinement – sont récurrents. Interpellé par la vision souvent prophétique de l’auteur, on redécouvre un écrivain qui parle à notre époque, en dépit d’un style qui peut sembler parfois un peu daté. Bazin écrit à une époque où les classes dirigeantes vénèrent le progrès technique dans lequel ils voient la promesse du bonheur, la course vers la richesse et le mythe du progrès. Notre auteur voit loin, quand il pressent les limites et points noirs de la civilisation industrielle, l’urbanisation à outrance qu’elle entraîne, et la saturation étouffante des villes actuelles.

Ces nouvelles présentent des peintures poétiques des paysages et des personnages. Très sensible à la beauté de la nature et des paysages, il a reçu le qualificatif élogieux de son successeur à l’académie, François Mauriac, qui l’appelait « le Fra Angelico des lettres ». On ne peut qu’admirer la qualité du style, sa précision alliée à sa poésie, son réalisme et sa simplicité. En définitive, Bazin fait œuvre d’historien, de sociologue et même d’économiste. Certains aspects de l’écologie d’aujourd’hui ne sont pas loin de la vision de Bazin.

Dans ses nouvelles, Bazin se montre aussi un précurseur du mouvement des « Intellectuels catholiques », dans le sillage de Chateaubriand, avec Francis Jammes puis Paul Claudel, notamment au sujet des questions sociales. Proche d’Albert de Mun, La Tour du Pin, Léon Harmel et tout ce courant des catholiques sociaux de l’époque, il s’efforce de promouvoir des conditions de travail plus humaines. Ce qui frappe chez Bazin, c’est le souci de promouvoir un ordre social juste, réaliste et équilibré : ni collectiviste, ni libéral. L’homme est résolument au cœur du problème social. A la place de la vision techniciste et industrielle de l’époque, qui exalte la primauté de l’avoir, il démontre la primauté de l’être. Ce qui ne l’empêche pas, bien au contraire, de critiquer avec force le comportement de certains patrons…Hervé Bazin, son petit-neveu de l’Académie Goncourt, écrivait dans le journal « Ouest France », en 1954 : « Oncle René était un grand écrivain. Il a défendu des valeurs qui avaient leur prix, dans une langue qui, elle, ne s’est pas dévaluée. Il s’est bien battu : chapeau ! » 

Ensuite, Bazin met en valeur, dans ce livre la dimension spirituelle de l’homme. La société française, telle que Bazin la décrit, souffre comme celle d’aujourd’hui, d’un manque de culture. Ces récits visent précisément à encourager ses semblables à s’élever. Il met en valeur nos héritages culturel et spirituel. Si certains mots ou certaines coutumes ont disparu, il reste, du moins toujours, cette gentillesse de cœur, cette vivacité d’esprit et cet esprit de fraternité, autant de traits ineffaçables de notre peuple et de notre pays. Bazin montre sa philosophie de la vie positive, animée du goût de l’action ! Professeur d’Université, journaliste, écrivain-voyageur infatigable, conseiller municipal de son village, académicien…j’oubliais, président d’honneur de la société des vins d’Anjou ! 

Pour conclure la présentation de cet ouvrage, on peut rappeler que R. Bazin sait allier, dans ces courts récits, la description de la vie populaire, avec sa passion pour notre patrimoine, son talent de peintre des paysages et des personnes, et sa vision positive de la vie. 

                                                                                                    Le 14 juillet 2015                                                                                                                J.Richou, pt des Amis de R. Bazin

Site : www.renebazin.org                                                                                        Courriel : amis@renebazin.org