La Closerie de Champdolent

                                                                                                                                                                                    Ce roman est paru en 1917 chez Calmann-Levy, après trois années de guerre éprouvantes. La scène se déroule en Bretagne, à Fouesnant, en plein Finistère, et l’auteur décrit les personnages et les paysages, avec un style consommé, alliant clarté et simplicité, avec la force du granit et la qualité du peintre,  « amateur de couleurs » qu’on lui connait. Il a le don de fouiller et décrire les visages des gens du peuple qu’il aime, soulignant tour à tour, leur peine ou leur joie, et par-dessus tout, leur dimension spirituelle.

Roman – mi-paysan mi-marin –, écrit avec l’expérience de vingt années, après la publication de « La terre qui meurt » et des « Oberlé », « La Closerie de Champdolent » met bien en lumière les valeurs pérennes de l’enracinement, de l’attachement au terroir, et de la vie familiale. On y retrouve toute la place respective et complémentaire de l’homme et de la femme dans la vie quotidienne au foyer, et aussi l’amour et la fidélité à la terre des pères.

Ce roman psychologique intense décrit l’histoire d’un drame humain, qui se vit en partie à Fouesnant, près de Quimper, et en partie sur le front, pendant la guerre 1914-1918. Cet ouvrage est l’histoire d’un couple qui ne s’entend pas et va se séparer : la jeune femme, Marie, d’un milieu social plus riche, quitte la closerie de Champdolent et repart chez sa mère avec la petite Jeanne-Marie. L’homme, le jeune Pierre Queverne, d’origine plus modeste, est passionné de pêche en mer, errant des Glénans en Vendée, où il est l’objet d’une condamnation judiciaire, suite à une bagarre sur le port.

La mobilisation générale, en août 14, voit tous les hommes en bonne santé rejoindre le front. Toute une partie du livre est un récit du temps de la guerre. Cet ouvrage décrit et illustre cette grande épreuve nationale de la guerre 14-18, qui a touché profondément les cœurs. C’est précisément cette épreuve de la guerre, et la richesse des relations humaines au front, qui, peu à peu, va permettre la réconciliation du ménage. Pierre et Marie font un long chemin et retrouvent la paix des cœurs. A la fin du livre, Pierre sera tué par un obus allemand lors d’un coup de main héroïque et Marie va revenir à Champdolent, pour tenir la ferme et entourer le père de Pierre, vieillard alors apaisé, qui retrouve la paix et toute sa dignité.

Enfin, comme dans ses romans précédents, René Bazin excelle à mettre en valeur la noblesse de cœur de ses personnages, pourtant humbles et modestes.  On retrouve ici les vertus pérennes des campagnes, nourries de racines chrétiennes, sens de l’honneur, courage, amour de la patrie, fraternité d’armes et service de l’autre…bref, un roman plein de lumière à redécouvrir.

Les Amis de René Bazin,
Jacques Richou, le 8 décembre 2013