Apposition d’une plaque à la mémoire de René Bazin au 6 rue Saint-Philippe du Roule, Paris VIIIème

Une plaque à Paris pour René Bazin – Ouest-France – 05/11/2014

Une plaque a été apposée à Paris à l’initiative de l’Association des amis de une-plaque-paris-pour-rene-bazinRené Bazin, créée par son arrière-petit-fils.

Trois questions à…

Jacques Richou, général, créateur de l’Association des Amis de René Bazin et arrière-petit-fils angevin de l’écrivain.

René Bazin était Angevin ou Parisien ?

Originaire de l’Anjou, ou plus précisément de la Vendée angevine, par la famille de son père, Bazin était aussi d’origine parisienne par sa famille maternelle. En outre, il a fait ses études supérieures de droit à Paris… Son livre La tâche d’encre raconte, avec beaucoup de gaieté, sa vie d’étudiant parisien. Nous avons apposé la plaque là où il a passé 30 ans de sa vie, dans un immeuble au 6, rue Saint-Philippe du Roule, dans le VIIIe arrondissement.

plaquePourquoi une plaque à Paris ?

J’ai voulu mettre en valeur la présence de ce grand écrivain angevin à Paris. C’est une démarche qui a reçu un écho favorable puisqu’hier, le premier adjoint de la ville de Paris était présent ainsi que le maire du VIIIe. Danièle Sallenave, originaire de La Possonnière, était également présente : elle occupe le 30e fauteuil de l’Académie française, celui de René Bazin qui fut Académicien, professeur d’université, journaliste, écrivain-voyageur infatigable, conseiller municipal de son village… et président d’honneur de la Société des vins d’Anjou !

René Bazin est-il encore lu ?B1mV7rlCEAEtV0A

Il suscite à nouveau de l’intérêt. Il a écrit une soixantaine de livres. C’était un écrivain de la vie populaire, avec la description du quotidien, de « Monsieur tout le monde », son bon sens, sa simplicité et aussi sa joie de vivre ! Il fustigeait les prétentieux, les administratifs incapables, dans des livres comme La Terre qui meurt ou De toute son âme qui se passe à Nantes. Il a marqué un grand attachement à la nature.

Prochain colloque René Bazin aux archives départementales, à Angers, en mars 2016.

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 Allocution de Mme d’Hautesserre, maire du 8ème arrondissement

Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un grand honneur d’être ici, à vos côtés, pour honorer la mémoire de René BAZIN, grand écrivain et académicien, entourée de sa famille et de ses amis fidèles.

Cette cérémonie qui nous réunit aujourd’hui est le fruit d’un travail collégial initié par mon prédécesseur, en mars 2011.

Ecrivain talentueux, peintre des paysages et des êtres, René BAZIN a touché avec bonheur tous les métiers de l’écriture : romancier, journaliste, historien et écrivain voyageur. Il peut s’enorgueillir d’avoir toujours eu des amis  fidèles et attentifs et, au-delà même de son vivant, avec l’association que vous présidez général RICHOU, « Les Amis de René BAZIN ».

Votre association a pour objet de « perpétuer et développer le rayonnement littéraire » de ce célèbre écrivain qui compte une œuvre littéraire importante avec 60 ouvrages variés, contes et récits de voyages, romans, biographies et essais dans lesquels il a su concilier tradition et innovation.

Si ses écrits, oubliés pendant un temps, sont aujourd’hui redécouverts, c’est que les thèmes qu’ils abordent sont dans nos préoccupations actuelles et que « les Amis de René Bazin » participent à leur niveau, à la diffusion de son œuvre et à faire rayonner sa pensée et sa mémoire.

La qualité et le respect de la personne humaine, l’enracinement et la promotion du respect de la nature alliée à une fois personnelle et une solidarité fraternelle, tels sont les thèmes développés dans les ouvrages de René BAZIN.

Si nous sommes ici, ce matin, c’est aussi grâce au concours de Bruno JULLIARD, présent à mes côtés et des copropriétaires de cet immeuble où il vécut, au 6 rue Saint-Philippe du Roule qui ont accepté l’aposition de la plaque que nous allons dévoiler.

L’installation de René BAZIN à Paris est liée étroitement à son élection à l’Académie Française attaché qu’il était, à sa ville natale d’Anger.

« Paris » disait-il, « c’est l’accident, et jusqu’à mon élection, j’y séjournerai que peu de temps, chez mon fils. Je devrai cependant changer tout cela : je renoncerai à ma maison de la ville, je prendrai à Paris un petit pied-à-terre puisque l’Académie va m’obliger à rester ici plus fréquemment et je ferai de ma demeure des champs, mon domicile régulier… ».

Il habita pourtant cette demeure pendant plus de 30 ans, jusqu’en 1932 où il fut rappelé à Dieu.

L’élection de René BAZIN à l’Académie Française en 1903 fut un événement très important dans sa vie.

Ce n’était pas pour lui, question de vanité « Eh ! non » écrivait-il dans ses notes intimes, vers la fin de sa vie « l’Académie peut flatter mais elle est bien autre chose : une jouissance pour l’idéal et donc pour le bien.

Nous représentons d’autres hommes, une France vraie, une foi qui sont honorées en nous, avec nous ».

C’est dire l’importance que René BAZIN attachait au titre d’Académicien.

Il considérera comme un devoir d’assister aux séances de l’Académie et de prendre une part effective à ses travaux.

Les séances de la Commission du Dictionnaire n’amènent guère de membres plus assidus que lui.

Il s’efforce d’y exercer son influence dans le sens de la tradition la plus éclairée.

Certains de ses amis diront « l’Académie exigeait un surcroît de travail pour cet homme consciencieux car les honneurs sont des charges pour ceux qui les méritent ».

René BAZIN aurait même pu être le Directeur de l’Académie mais refusa cette qualité pour n’avoir pas à prononcer l’éloge de Renan dont il appréciait peu l’œuvre.

René BAZIN est mort le 20 juillet 1932.

Son éloge funèbre fut prononcée par Maurice Paléologue alors directeur de l’Académie en ces termes « Aujourd’hui, c’est un simple adieu, c’est le témoignage de notre personnelle affliction que j’exprime de vous.

Je me borne donc à vous rapporter la finesse de son esprit, le charme et la droiture de son caractère, la bonne grâce de son accueil, mais aussi la force morale et l’éloquente fermeté qui se dégageait de ses paroles ».

Pour ma part, je concluerai sur ces paroles de René BAZIN que je fais miennes :

« On a trois ou quatre fois dans sa vie l’occasion d’être brave et tous les jours celle de ne pas être lâche ».

Je vous remercie.

                                                                                                                                                    Mme d’Hautesserre, maire du VIIIème

 

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Capture

Mesdames et Messieurs les Elu(e)s,

Cher(e)s Amis de l’Académicien René Bazin,

…Bazin, un grand écrivain, qui a beaucoup apporté, j’en ai la conviction profonde, au patrimoine de notre littérature française. En pleine possession de son talent, au début du XXème siècle, c’était l’un des écrivains les plus lus et les plus aimés de son temps. Cet honneur, il le doit au caractère très élevé de son œuvre,  à son art de l’écriture, et surtout à son attachement profond à notre culture, notre histoire et nos héritages.

C’est pourquoi, je tiens, tout d’abord et en votre nom à tous, à remercier bien vivement la Mairie de Paris, et tous ceux qui y ont contribué, d’avoir réalisé cette plaque souvenir en hommage à cet académicien. L’association des amis de René Bazin est honorée et très heureuse de votre démarche, reconnaissante à ce cadeau que vous faites ainsi aux Parisiens, en particulier aux habitants des trois co-propriétés des 4,6 et 8 de la rue Saint Philippe du Roule.

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          Sans vous présenter ici sa vie et son œuvre – cela risquerait d’être trop long ! -, je voudrais me limiter à quelques brèves anecdotes et citations de l’auteur.

Originaire de l’Anjou, ou plus précisément de la Vendée angevine, par la famille de son père, Bazin était aussi d’origine parisienne par sa famille maternelle ; en outre, il a d’ailleurs fait ses études supérieures de droit à Paris…Son livre « La tâche d’encre » raconte, avec beaucoup de gaieté, sa vie d’étudiant parisien. Ainsi, comment caractériser notre auteur ?

1 – D’abord, c’est un écrivain de la vie populaire. Sa préférence va, à l’évidence, vers la description du quotidien, de « Monsieur tout le monde », avec son bon sens, sa simplicité et aussi sa joie de vivre ! A l’inverse, il stigmatise les prétentieux…Voici le portrait d’un cadre administratif, arriviste et sans scrupule, décrit dans son premier livre historique « Stéphanette ». On est en Anjou, après les terribles affrontements de la révolution : « Maître Furondeau était empressé avec les grands  et pressé avec les petits, adroit à dissimuler une bonne affaire sous l’apparence d’un service, plein de bonhomie et d’insensibilité, habile à se contredire dès qu’on lui demandait une affirmation, prôneur de toutes les tolérances parce qu’il avait besoin de toutes les indulgences, et partisan convaincu de tous les régimes politiques dont il s’était également servi ».

Bazin décrit à merveille les heurts et bonheurs de la vie familiale et suggère avec malice un plaidoyer en faveur des femmes : « Si Dieu a créé l’homme avant la femme, c’est tout simplement qu’avant de faire son chef d’œuvre, il avait besoin d’un brouillon ».

2  – Ensuite, notre académicien a une philosophie de la vie positive, animée du goût de l’action ! Professeur d’Université, journaliste, écrivain-voyageur infatigable, conseiller municipal de son village, académicien…j’oubliais, président d’honneur de la société des vins d’Anjou ! En présence du député Albert de Mun, lors d’une réunion de jeunes professionnels, en 1892, il s’exprime avec force : « N’ayez pas peur de la vie…N’écoutez pas les découragés et les ratés qui croient qu’il n’y a rien à faire, que les carrières sont fermées ou encombrées…Quand il ne reste que l’industrie, le commerce, la médecine, l’armée, le barreau, la littérature ou l’influence du dévouement, le champ est assez vaste pour que vous y trouviez une place. Oui, en toute conviction, je vous le dis : ayez de l’ambition. »

A quarante ans, il écrit dans ses carnets : « Je ne peux souffrir les honnêtes gens qui ne voient que le mal et se plaignent de tout, comme si c’était là leur devoir… »,  et un peu plus loin : « Ténèbres politiques oui, les temps sont rudes, oui, mais existe-t-il des temps doux ? Ce n’est pas une raison pour se croiser les bras ». 

3 – Enfin, Bazin est un poète et un artiste. Très sensible à la beauté de la nature et des paysages, il a reçu un qualificatif inédit de son jeune ami, François Mauriac, qui l’appelait « le Fra Angelico des lettres ». Dans son recueil « paysages et pays d’Anjou » ; il décrit la Loire avec passion : « Tout cet agrément de la Loire, et cette verdure des bords, c’est le jardin de la France…Quoique la feuille pousse drue aux arbres que vous mouillez, le vert n’est pas la couleur de vos domaines…Vous êtes blonde, charrieuse de sable…la craie de vos coteaux, le tuf de vos maisons ont tant bu de soleil qu’ils ont blondi… »

Bazin aime les paysages, comme il aime son propre pays. Dans son ouvrage intitulé la Douce France, il écrit : « Il est nécessaire aujourd’hui de montrer aux Français pourquoi nous devons aimer la France et ne jamais désespérer d’elle…La France est appelée douce à cause de sa courtoisie, de sa finesse et de son cœur joyeux…Mais la Douceur n’est pas faible, elle n’est pas timide. La Douceur est forte. La Douceur est armée pour la justice et pour la paix … ».

*

J’arrête ici ces quelques citations. Bazin est un écrivain qui interpelle toujours, par la justesse de son discernement et par l’intérêt actuel de ses écrits. En guise de conclusion, et vous remerciant de votre attention, j’espère vous avoir donné un avant-goût de vos prochaines lectures des ouvrages de R. Bazin. Je voulais aussi vous convier, à l’issue de cette cérémonie, en toute simplicité et au nom de tous les adhérents de notre association, à partager un verre de l’amitié, dans le hall d’entrée de l’immeuble de René Bazin. Ce petit apéritif est un geste d’amitié que Bazin aurait bien apprécié.

J. Richou, pt des Amis de R. Bazin

Après la cérémonie