René Bazin en Touraine – Langeais

 

Sophie EVEN a créé voici plus de dix ans une association dont l’objet était de protéger des sites à Langeais. L’association ACLAMÈ – Association des habitants du Canton de Langeais pour l’Amélioration du Cadre de Vie et de l’Environnement – poursuit ses activités, qu’elle a réorientées vers la culture. Au cours de l’année, une dizaine de conférences se sont tenues sous son égide sur des sujets très variés, comme le réchauffement climatique, ou l’art du portrait. Le 16 mai dernier, elle offrait à Armel Bazin l’occasion de parler de « René Bazin, un romancier à redécouvrir ». Devant une vingtaine de femmes et d’hommes venus l’écouter, il a raconté quelques traits de la vie et de l’œuvre de son arrière-grand-père

En quelques chapitres, Armel Bazin a présenté l’homme, ses origines familiales et régionales, sa formation, son métier, sa vie à Paris et en Anjou, ses voyages, sa descendance, ses activités littéraires. Il a ensuite développé les multiples activités de René Bazin comme romancier, biographe, journaliste, mais aussi comme enseignant de droit à la faculté catholique d’Angers.
Puis, il a rappelé les convictions fortes dont René Bazin a fait montre tout au long de sa vie : foi religieuse, amour de sa terre natale, méfiance à l’égard du progrès et du changement. René Bazin s’apparente sur ce point à Montaigne. Sans méconnaître les conflits au sein des familles comme dans la vie au travail, il les traite autrement que Zola ou les Goncourt, tout en appliquant à son écriture des méthodes analogues. Car Bazin ne reste pas indifférent, il aime ses personnages.

La filiation littéraire la plus évidente passe par Chateaubriand. La même phrase limpide, le même choix de mots précis sans être pédants, une prose pleine d’évocation et de poésie. Bazin a ignoré les modernes, les révoltés. Il est resté dans la ligne des écrivains du XIX° siècle. Si, par le caractère aérien de son style, Bazin se lit aujourd’hui plus aisément que Bourget, il convient de reconnaître à ce dernier le mérite d’avoir tenu compte, dans la psychologie de ses créatures, des avancées de la psychanalyse.

Un mauvais procès amalgame René Bazin aux vichyssois. Outre que, ce faisant, on démontre une grande ignorance de la chronologie (Bazin est mort en 1932…), s’il est vrai que bien des idées force de son œuvre ont été reprises par Pétain et ses collaborateurs (la terre, le travail, la famille, la patrie, auxquelles Bazin a ajouté Dieu et le roi !) on ne trouve nulle part trace dans ses écrits d’antisémitisme. Bien mieux, dans les Oberlé, le portrait qu’il fait d’un alsacien rallié aux allemands laisse à penser qu’il n’aurait peut-être guère apprécié les zélateurs de l’amitié franco-allemande entre 1940 et 1944. Mais ce ne sont là que des conjectures. Hervé Bazin, son petit neveu, n’a pas peu contribué à donner de René Bazin une image vieillotte, d’un homme du passé qui défend avant tout son patrimoine et se sert à cette fin d’idées généreuses. Le portrait fait de l’illustre ancêtre dans les premiers romans d’Hervé Bazin a largement aidé à coller à cet homme délicat, amoureux de la nature et des êtres, une vilaine étiquette de bourgeois dépourvu de sentiments et de générosité.

N’est-ce pas le moment de relire René Bazin, d’y retrouver sous une forme sans doute un peu ancienne des thèmes si actuels, comme la défense de la nature, du rythme des saisons, le respect des êtres vivants, la mise en évidence des méfaits de l’industrialisation, sur l’environnement, bien sûr, mais aussi sur l’homme et son mode de vie ? Il n’est pas sans importance de constater qu’il y a un siècle environ, des hommes de talent mettaient leurs contemporains en garde contre les excès du progrès.

A cette fin, l’Association des amis de René Bazin pousse à la réimpression de ses livres les plus accessibles aujourd’hui. Elle a en projet la réalisation d’un DVD qui présenterait les deux adaptations cinématographiques de la Terre qui Meurt et encourage des manifestations pour faire redécouvrir cet écrivain. La vie du Père de Foucauld, publiée en 1922, fait toujours autorité et trouve chaque année de nouveaux lecteurs.

Armel Bazin avait commencé sa causerie par une boutade : quand il se présente, on lui demande parfois s’il est apparenté à Hervé Bazin. Il termine par une plaisanterie, en assurant qu’il aura réussi quand, lorsqu’il se présentera, on lui dira : vous descendez de René Bazin ?

Reugny, le 17 mai 2011

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