Ses Amis

Présentation de Elisabeth Masson à l’AG du 12 octobre 2008

1872 – René Bazin a 19 ans et s’ouvre à l’art. Préparant sa licence  de droit à Paris, il se rend chez la mère Lambillon, « un restaurant à 19 sous » de la rue d’Assas.  Là l’étudiant rencontre Ferdinand Gaillard : « grand artiste, aquafortiste  réputé, ancien prix de Rome, cœur silencieux, vivant dans l’amour secret et passionné de son art… Sa jeunesse, depuis longtemps passée, se découvrait un compagnon enthousiaste et René Bazin dut beaucoup à la fréquentation de ce méditatif. » (Discours de G.Lenôtre 1° décembre 1932)

De lui René Bazin nous dit :

« C’est lui qui me servit de guide, dans mes premières visites aux musées du Louvre et du Luxembourg »…Ferdinand Gaillard s’arrêtait devant un tableau, en discutait des qualités en mots brefs : « Retrouver le secret des autres, ce n’est là qu’une étape ; innover, créer, avoir une manière, voilà ce qui fait l’artiste et le sépare du tâcheron…Le but n’est pas de charmer, mais d’être vrai. »

René Bazin devient professeur de Droit à l’université d’Angers. Mgr Freppel lui remet cette charge qu’il exercera en procédure civile dès 1879 et en droit criminel à partir de 1882.

Outre Paul Henry, Ernest Jac, doyen de l’université, René Bazin  tisse des liens de profonde amitié avec son beau-frère, Ferdinand-Jacques Hervé-Bazin. (1847-1889). « Homme d’étude et d’action, orateur entraînant, professeur émérite, écrivain et journaliste distingué, F.J.HB était surtout un homme de cœur et de dévouement. » (« Un Homme d’œuvres »  p.8)

C’est lui qui l’a incité à revenir à Angers préparer son doctorat de Droit, pour lui permettre de monter dans l’une des chaires de la nouvelle faculté. (« Un romancier de vraie France, René Bazin » Tony Catta. T.C. p. 50)

Ainsi nous voyons ces quelques lignes de 1887 se dérouler au Patys, maison d’été des Hervé-Bazin : « Tous les soirs, nous nous constituons en aréopage. Tantôt c’est René, tantôt c’est moi qui sommes sur la sellette, et qui lisons nos travaux. Le jour nous pêchons dans une petite rivière, et nous écrivons. Nous nous trouvons très heureux et fort occupés. » ( « Un Homme d’œuvres » p.138)

Voici en terminant le témoignage d’un jeune collègue de l’université, le sénateur François St Maur : « Ce furent alors de belles années, années de labeur et de commensalité quasi-familiale, années dont je garde pour ma part, un souvenir attendri et un peu nostalgique. »  ( Jubilé académique de René Bazin J.A. p.14)

René Bazin raconte lui-même ses débuts littéraires et journalistiques. Ses amis, Victor Retaux, rue Bonaparte édite « Stéphanette » en 1884 et Ludovic Halévy, écrivain d’opéras et de  théâtre, le recommande à Georges Patinot, Directeur du Journal des Débats ; ce dernier s’intéresse au jeune écrivain, sollicite sa collaboration et lui ouvre les portes de La Revue des deux Mondes.

Ce travail de journaliste se poursuit de très nombreuses années.

Le 21 juin 1929, Etienne de Nalèche du Journal des Débats :

« Plus de 35 ans d’amitié nous lient et cependant je ne puis me faire gloire de ce qui devrait être un des fleurons de la carrière d’un Directeur de journal, celui d’avoir donné à un écrivain le public d’élite qui lui convenait. » (J.A. p.30)

Et René Doumic pour la Revue des deux Mondes :

« Vous aimez, mon cher Bazin, les mêmes choses que nous aimons, et d’abord la terre de France…vous savez tout ce qui se dépense au jour le jour de labeur et de vertu sur le sol de chez nous »…

« Donatienne 1894 – Le Roi des Archers 1929 : 35 ans de travail en commun, et nous continuons. Il y a de l’avenir pour notre indissoluble union. » ( J.A. p.33).

L’écrivain, le romancier. Tout en poursuivant son activité journalistique, René Bazin publie ses grandes œuvres romanesques.  Parmi ses nombreuses amitiés littéraires, citonsAlphonse DaudetPierre de Nolhac, conservateur du Château de Versailles,

Ferdinand Brunetière, Directeur de La Revue des deux Mondes.

Ce dernier aurait pu « imprimer à l’œuvre de Bazin une certaine déformation en lui faisant faire du roman social trop appuyé » ( T.C. p.86). Il demande au romancier de mettre un peu de son cœur dans son oeuvre, qu’il comprenne, qu’il sente, qu’il aime  « la majesté des souffrances humaines ».

Pour finir cette période, parlons de l’Alsace. René Bazin a 46 ans. Tout en s’inspirant des écrits de Fernand de Dartein, il se lie d’amitié avec deux personnalités : «  le grand Alsacien » Docteur Bücher et l’artiste Charles Spindler.(Exposition universelle de 1900 à Paris. Art nouveau alsacien.)

Au nom de l’Alsace, Mr Oberkirch le 21 juin 1929, lors du jubilé académique de René Bazin, exprime les fruits de ces amitiés, traduits dans les Oberlé : « Avec une incomparable maîtrise et une compréhension étonnante, vous avez su rendre par vos personnages le drame intellectuel et moral qui, de 1871 à 1918, se déroulait dans le cœur de l’Alsace, drame qui bien souvent prenait une allure pathétique de tragédie humaine »… (J.A.p.19).

« A cette fête d’amitié et de gratitude, l’Alsace se devait d’être présente. Elle vous apporte le respectueux hommage de son admiration et de sa reconnaissance émue. » (J.A. p.24)

René Bazin et l’Anjou. Les Rangeardières appartenaient à Louis Pavie, imprimeur, adjoint au maire d’Angers et fondateur des sociétés d’agriculture et d’histoire naturelle. René Bazin connut et aima ses deux fils, Victor le poète, Théodore le savant et le voyageur « auxquels il consacra de fines études et qui ne furent pas sans influence sur la formation de son esprit et de ses goûts. » (T.C.p.114)

Le 1° avril 1904,  un homme de Saint Barthélémy , le père Jacques Bienvenu lui offrit de lui céder sa place au conseil municipal. René Bazin conserva cette charge jusqu’à sa mort. Il se mêlait à la vie du pays « Il avait avec ses voisins, les métayers, les vignerons, les artisans du bourg et certains compagnons fendeurs d’ardoises, des relations affectueuses…Il les retrouvaient encore à ce  cercle St Paul, qu’il avait fondé, de concert avec son vieil ami l’abbé Combes…les réunions se terminaient par une partie de boule de fort. Bazin aimait ce jeu, très répandu dans la vallée de la Loire. » (T.C. p.124)

Une vive amitié le liait à M de St Chamand, maire de la commune.

La Corporation  des Publicistes Chrétiens. Dans les années 1910-1915, à l’instigation du Père Janvier, le Syndicat des Ecrivains français, (Paul Bourget, Président) et  le Syndicat des Journalistes français (Mr Tastevin de Nouvel, Président) se sont regroupés dans une Corporation des Publicistes Chrétiens, dont René Bazin fut élu Président le 18 avril 1915. Le père Janvier, véritable ami qui l’accompagna jusqu’à sa mort, était l’aumônier de la Corporation. (T.C. p.147)

Le 21 juin 1929, Georges Goyau, de l’Académie Française, dit de René Bazin : « pour tous et pour chacun, vous faîtes figure de père, figure d’ami. » (J.A. p.25)

Et pourtant René-Bazin ne ménageait pas ses confrères et tout spécialement les jeunes qui parlaient trop aisément de la joie d’écrire :

« La joie est dans la vision ; elle n’est pas dans l’exécution, toujours inférieure, toujours inégale à cette vision. »

« Quelquefois, il est vrai, lorsque l’œuvre est achevée, on peut l’aimer un peu, mais jamais beaucoup, pour la part de ressemblance qu’elle a, avec l’idée entrevue. » (J.A. p.26)

Terminons par tous ceux que je ne peux que citer :

Albert de Mun et les cercles catholiques ouvriers, Joseph de Maistre, l’abbé Pasquier, l’abbé Morel, François CoppéeMaurice BarrèsMistral, les amis canadiens dont Jean BruchésiHenry Bordeaux, Abel Moreau, Mgr Rumeau …

    • Désolée pour tous ceux que j’ai oubliés…